UNION DES INTERNÉS MILITAIRES DE LA
PRISON FORTERESSE DE GRAUDENZ & ANNEXES

UNION DES INTERNÉS MILITAIRES DE LA PRISON FORTERESSE DE GRAUDENZ & ANNEXES
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Qui sommes nous, que représentons nous
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Juin 1979 création de l’association, déclaration faite à la Préfecture de l’Aude le 19 Décembre 1979, parue au Journal Officiel du 1er Janvier 1980. Avec pour objet : regrouper les anciens internés ; développer leurs sentiments d’amitié et de solidarité ; faire connaître leurs actions en Allemagne lors de leur détention ; secourir, par tous les moyens, ceux qui ont soufferts de la détention.

Cela sous l’initiative de Fernand CAIRE, fondateur de l’Union de Graudenz, Chevalier de la Légion d’Honneur, Interné Résistant, Combattant Volontaire de la Résistance, Médaille des Évadés.
Secondé par son ami André MARTIN Trésorier de l’association de 1980 à 1995.

Tout a commencé avec une toile de tente portant l’inscription ‘’INTERNÉS de GRAUDENZ’’. Tente, plantée parmi les autres sur la prairie de la Basilique de LOURDES, à l’occasion du pèlerinage annuel des Anciens Combattants. Plusieurs contacts se sont établis, puis chacun en a informé ses collègues d’infortune. De discutions en coups de fils ou petits mots, en 1985 l’union comptait 1366 adhérents, immatriculés par un numéro individuel croissant toujours en vigueur.

GRAUDENZ (appellation Allemande), dite la Prison Forteresse de la ‘’MORT LENTE’’. Ville Polonaise, aujourd’hui appelée GRUDZIADZ, située à 100 km au sud de GDANSK, proche de la mer Baltique avec ses hivers rigoureux.
De 1941 à 1945, 25 000 à 30 000 Prisonniers de Guerre ont été condamnés par les Tribunaux Militaires Nazis-Allemands pour avoir porté atteinte à la puissance matérielle ou morale du peuple Allemand. Ce en  refusant de travailler, en tordant ou en montant des pièces mécaniques à l’envers, en cassant des pièces maitresses de machines outils et bien d’autres !

LE BAGNE de GRAUDENZ et de ses 13 Camps annexes. Où les Prisonniers étaient condamnés aux Travaux Forcés. Plusieurs récits font état des atroces conditions de leur détention. Extraits de récits :
Fernand CAIRE, à la prison un matin à l’aube par un froid glacial les gardiens nous ont fait sortir des baraques complètement nus, pour nous débarrasser de nos poux. Après avoir été tondus à ras, humiliés toute la journée, arrosés avec un produit spécial. C’était effrayant de se voir et de voir ses camarades, c’était ce qu’on appelle la peau sur os, plus de muscle, jambes et bras décharnés avec de grosses boules au niveau des articulations, deux petites sacoches de peau à l’endroit des fesses.

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A la nuit tombée, retour à jeun dans les baraques. J’étais à bout de force, mon poids 50 kg pour 1m 68. Que dire de ces journées interminables le ventre vide sur la glace de la Vistule. J’étais gelé jusqu’à la moelle, je devais faire un effort terrible lorsque je levais la pioche. Ou lorsqu’il  fallut travailler  dans une briqueterie où l’on se passait les briques brulantes. Le soir, nous pleurions de souffrance, car nous n’avions plus de peau au bout des doits.

Albert CHALINDAR, ne voulant pas travailler pour l’ennemi, refusa et désarma une sentinelle qui voulait le forcer. Il fut amené à la prison militaire où il a échappé de peu à la pendaison. Il a fait six mois de cellule, à sa sotie de 76 kg, il était descendu à 47 kg.

René SOUM, toujours pour refus de travail,  je fus condamné à 100 jours de cellule, à ma sortie, j’avais perdu 35 kg. En plus la Gestapo m’avait condamné à 20 jours de réclusion en cachot pour vol de pain.

Le midi on guettait la soupe, une pauvre soupe d’eau chaude où certains jours, il y avait la bagarre, tellement nous crevions la faim. Certains allaient jusqu’à faucher la gamelle du chien de garde. Résultat, dysenterie, œdèmes, bronchite, etc. Sans compter les jours ou nous étions à tous les vents pour casser les cailloux. Jusqu’au jour où je suis tombé d’épuisement sur les bords de la Vistule, frappé à coups de crosses avec des ‘’LOS ARBEI’’ j’ai dis en allemand à la sentinelle, « vous voyez bien que je suis à bout de force ! vous pouvez me tuer, cela m’est égal, mais moralement, je vous emmerde !. . . à cette époque, je ne m’étais donné plus que quinze jours à vivre, je regardais la mort comme une délivrance.

René BERNADET, le 10 Novembre 42, je passe devant un Tribunal Militaire Allemand à Stuttgart. Très impressionnant de se trouver debout face à cette rangée d’Officiers Allemands. Parodie de procès auquel je n’ai rien compris, pas d’interprète, on ne m’a posé aucune question et je me suis retrouvé condamné à six mois de ‘’Straff-Compagnie’’, ce qui veut dire, six mois de travaux forcés. 48 heures après j’étais déporté à Graudenz où j’ai passé l’hiver 42 – 43 très froid. En arrivant, passé à la Prison Forteresse pour les formalités, puis resté quelques temps au ‘’Camp de la Mort Lente’’ avant d’être envoyé à Steindorf. Dans les deux camps, même discipline, même nourriture, mêmes brimades, mêmes travaux, pour moi c’était les wagonnets. Nous dormions dans des baraques non chauffées, par chambrées de 20 prisonniers. Lits superposés de trois étages, paillasses de cinq cm d’épaisseur bourrées de foin mais surtout de puces avec une couverture pour literie. Le matin au réveil les parois donnant sur l’extérieur étaient blanches de givre intérieurement.

Sitôt levés, il fallait aller aux lavabos dans une autre baraque toujours non chauffée. Se mettre torse nu et se laver à l’eau froide, sous la surveillance d’une sentinelle. Le petit déjeuner consistait en une louche d’eau appelée café, fait avec de l’orge grillé, le tout accompagné de deux tartines de leur pain noir de un centimètre d’épaisseur environ, une pour le matin l’autre pour le soir. Mais comme nous étions affamés et la crainte de se faire voler la deuxième, nous mangions les deux le matin.

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Pour les WC, c’était une longue tranchée dans la cour avec une barre en long à hauteur des fesses. On s’assoyait sur la barre, les fesses exposées au vent glacial de la Baltique. Là un détail m’échappe, je ne me souviens plus si on s’essuyait et comment ? car évidemment nous n’avions pas de papier hygiénique.
Avant de partir sur le chantier de la Vistule, c’était le rassemblement dans la cour pour la fouille et le comptage. Interdiction d’avoir des vêtements en double sur soi, celui qui était pris, ils le faisaient déshabiller sur place et le mettait au piquet les mains derrière la tête jusqu’à ce qu’il s’écroule. Les maillots de corps nous étaient supprimés, ainsi que les chaussures. Nous étions en sabots, en guise de chaussettes un carré de tissus appelé ‘’chaussettes russes’’ dans lequel on s’enveloppait les pieds.

Adrien MARTY, les Cachots – à la Forteresse, pour un oui ou pour un non, nous étions punis de cachot. Pièce humide et glaciale de 6 m² située en sous-sol, le soupirail obstrué par des planches pour supprimer la lumière du jour, couché à même le sol avec pour literie une couverture, dans l’isolement le plus complet tenaillé par la faim. Le but de chaque prisonnier était de s’évader de cet enfer. Lorsque l’on était repris, soit on était abattu par la traque, ou au mieux reconduit au cachot en attendant son jugement ce qui pouvait durer des semaines, c’était l’horreur. De nombreux camarades n’ont pas survécus à cet enfer d’humiliations, d’épuisement, de maltraitances, de coups. Malgré ça, dès sorti, on ne pensait qu’à une seule chose, s’évader à nouveau de ce camp de la ‘’Mort Lente’’. 

Ces extraits de récits, parmi bien d’autres, permettent de comprendre ce qu’a été la survie des Prisonniers Militaires à la Prison Forteresse de Graudenz & ses annexes, dite la Prison de la ‘’MORT LENTE’’. Sur les 25 à 30 000 Prisonniers de Guerre qui sont passés par les geôles de ce camp disciplinaire, peu en sont revenus (environ 2500). Entre 1979 et 1985, 1366 survivants adhérents recensés. Aujourd’hui nous comptons 126 adhérents dont 20 anciens Internés survivants, le plus jeune à 94 ans et le plus âgé à 99 ans. Mais ils tiennent tous à continuer de recevoir leur journal ‘’LE LIEN’’, les autres sont les Veuves, les Enfants d'Internés, les sympathisants.

En octobre 2006 lors d’une Assemblée Générale extraordinaire, l’ancien bureau, Présidé par M. Raoul BRUN depuis 1985, Secrétaire Général M. Maurice MAURET, Trésorier M. Marcel CHANSSAUD, avait suggéré l’arrêt de l’Union, estimant qu’en raison de leur âge respectif il leur était difficile de continuer.

Ce jour là, nous avons été plusieurs enfants à se dire, « nous ne pouvons laisser tomber dans l’oubli ce qu’a pu souffrir le père de chacun ». Nous avions une charge morale qui s’imposait à nous. A plusieurs reprises dans les récits il y avait un message que l’on peut résumer ainsi, « Je pense que ce récit servira à conserver dans la  mémoire des nouvelles générations, que 25 000 prisonniers de Guerre 1939 – 1945 sur 1 600 000 Prisonniers ont été condamnés par des Tribunaux Militaires Nazis-Allemands pour avoir porté préjudice et saboté l’économie de l’ ennemi. Afin que reste inscrit dans les mémoires le sacrifice de nos camarades disparus dans la résistance et la souffrance ».

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Pour nous les Enfants d’Internés c’était une évidence, nous nous devions de reprendre le flambeau dans le cadre du Devoir de Mémoire. Nous éprouvons, avec respect, une certaine fierté de pouvoir faire perdurer l’Union dans la tradition de nos anciens.

La passation fût faite au 1er Janvier 2007, le but étant toujours le même ; de faire connaître leurs actions ; de leur venir en aide en cas de besoin ainsi qu’à leurs Veuves ; de leurs rendre honneur et hommage à l’occasion des Journées Nationales et lors de la tenue de notre Congrès National.

Notre souhait le plus cher, est qu’un maximum d’enfants d’Internés viennent nous rejoindre pour rendre cet Hommage.  

  

le Président National,
Serge MARTY

 

 

 

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